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Un compte est partagé par toute l'équipe

Créez les comptes nommés d'abord, cherchez ce qui utilise l'ancien sans être humain, fermez ensuite. Changer le mot de passe casse la production.

Problème

Les formes sont toujours les mêmes. Un compte administrateur unique dont trois personnes connaissent le mot de passe. Une boîte info@ que quatre personnes relèvent avec les mêmes identifiants. Un compte de service dont le mot de passe est dans un fichier texte sur le serveur. Un accès prestataire partagé par commodité. Personne ne l'a décidé. C'est arrivé parce que c'était plus simple, un jour, et personne n'est revenu dessus. Trois conséquences concrètes, et aucune n'est une question de principe. Le journal devient inutilisable : vous savez qu'une action a eu lieu, jamais qui l'a faite. Après un incident, vous ne pouvez répondre à aucune question. Le mot de passe ne peut plus être changé au départ de quelqu'un sans prévenir et rééquiper tout le monde. Dans la pratique, il ne l'est pas, et la personne partie garde l'accès. L'authentification forte devient impossible à poser, puisqu'un seul téléphone recevrait le code. Ce compte, souvent le plus sensible du parc, reste donc le moins protégé.

Solution recommandée

Ne commencez pas par changer le mot de passe. C'est le réflexe naturel et c'est ce qui casse la production. La méthode est l'inverse : créez les comptes nommés d'abord, faites-les fonctionner en parallèle de l'ancien, cherchez ce qui utilise l'ancien sans être une personne, et fermez seulement quand plus rien n'en dépend. S'il y a plusieurs comptes partagés, ne les traitez pas ensemble. Par ordre de gravité décroissante : compte administrateur, compte avec accès aux données personnelles ou financières, compte de messagerie, compte de service technique, accès Wi-Fi. Le premier justifie de commencer aujourd'hui, le dernier peut attendre.

Matériel & outils

La console d'administration de l'annuaire ou du service concerné, pour créer les comptes nommés et consulter les dernières connexions. Le journal de connexions du compte partagé, qui révèle les usages dont vous ignorez l'existence : connexions la nuit, depuis une adresse inconnue, à intervalle régulier. Un gestionnaire de mots de passe, pour ranger les identifiants des comptes de service qui doivent légitimement survivre. La liste des tâches planifiées des serveurs, des imprimantes et des copieurs en réseau, et la configuration des sauvegardes. C'est là que se cachent les usages non humains.

Étapes

1. Listez qui utilise le compte, en demandant. Vous obtiendrez une liste incomplète, c'est normal et ce n'est pas le but : le but est d'avoir les personnes identifiées avant de chercher les machines. 2. Regardez le journal des connexions sur les trente derniers jours. Notez tout ce qui ne correspond à personne de votre liste : connexions nocturnes, régulières à la minute près, depuis une adresse fixe inconnue. Chacune est un usage automatisé à identifier. 3. Cherchez les usages non humains, un par un. Tâches planifiées sur les serveurs, dépôt de numérisations par le copieur, comptes de connexion des imprimantes, travaux de sauvegarde, scripts, connecteurs de logiciels métier. C'est l'étape que tout le monde saute, et c'est elle qui évite l'incident. 4. Créez un compte nommé par personne identifiée, avec les mêmes droits que le compte partagé pour l'instant. Vous réduirez les droits plus tard : une seule chose à la fois. 5. Activez l'authentification forte sur les comptes nommés. C'est le gain principal de toute l'opération, et il n'est possible que maintenant. 6. Faites basculer les personnes, et laissez le compte partagé actif. Donnez-leur une semaine ou deux. Toute plainte pendant cette période révèle un usage que vous n'aviez pas vu. 7. Pour chaque usage non humain identifié, créez un compte de service dédié, avec un mot de passe long rangé dans le coffre et un propriétaire nommé. Un compte de service n'est pas un compte partagé : il n'est utilisé par aucun humain. 8. Vérifiez que le compte partagé n'a plus aucune connexion pendant une semaine complète, week-end inclus. Certaines tâches ne tournent que le dimanche ou en fin de mois. 9. Verrouillez le compte sans le supprimer, et attendez un cycle de facturation ou de clôture mensuelle. Si rien ne casse, supprimez. Le verrouillage se défait en dix secondes, une suppression non.

Coût estimé

Gratuit en licences dans la plupart des cas, les comptes nommés remplaçant un compte existant. Vérifiez tout de même votre mode de facturation : certains services facturent au compte, et passer de un à cinq comptes change la facture. Comptez une demi-journée pour un compte simple, deux à trois jours étalés pour un compte administrateur avec des usages automatisés. Le coût de ne rien faire se paie une seule fois, mais cher : au départ d'une personne, ou lors d'un incident dont vous ne pourrez identifier l'auteur.

Limites

Certains logiciels anciens ne savent pas fonctionner autrement qu'avec un compte unique. Dans ce cas, le compte reste partagé : documentez-le comme une exception assumée, restreignez ses droits au strict nécessaire, et surveillez ses connexions. Un compte de service reste un secret partagé entre l'administrateur et une machine. Il ne se protège pas par authentification forte, seulement par un mot de passe long, des droits minimaux et une rotation documentée. Le journal des connexions ne remonte pas toujours assez loin. Un usage trimestriel peut échapper à une observation d'un mois, d'où l'intérêt du verrouillage avant suppression. Enfin, cette fiche règle l'identité, pas les droits. Un compte nommé avec des droits d'administrateur excessifs reste un problème, traité par ailleurs.

Erreurs fréquentes

Changer le mot de passe du compte partagé pour forcer la migration. C'est le geste qui casse la sauvegarde, le copieur et le logiciel de paie en même temps, sans que personne ne comprenne pourquoi. Le faire un vendredi soir. Les usages automatisés du week-end échouent en silence, et vous découvrez le lundi. Supprimer le compte au lieu de le verrouiller. Sur certains systèmes, la suppression emporte des éléments associés qui ne se récupèrent pas. Ne chercher que les utilisateurs humains. Les machines ne se plaignent pas : elles échouent. Créer les comptes nommés sans y activer l'authentification forte. Vous aurez fait le travail pénible sans encaisser le bénéfice principal. Traiter tous les comptes partagés dans la même opération. Chacun a ses usages cachés, et mélanger les migrations rend le diagnostic impossible quand quelque chose casse.

Alternatives

Pour une boîte de messagerie relevée par plusieurs personnes, il existe une vraie solution et non un contournement : une boîte partagée avec délégation aux comptes nommés. Chacun garde son identité, tous accèdent à la même boîte, et les envois portent la mention de la boîte. C'est la réponse à privilégier pour info@ et contact@. Pour un accès administrateur occasionnel, une élévation temporaire de droits sur le compte nommé vaut mieux qu'un compte administrateur dédié, partagé ou non. Pour un prestataire, un compte nommé à son nom, avec une date d'expiration, plutôt qu'un accès partagé sans fin. Pour le Wi-Fi, un réseau invité séparé règle le cas des visiteurs sans toucher au réseau interne, et la clé partagée cesse d'être un problème.

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