Le réflexe qui casse tout
Doubler un lien entre deux commutateurs paraît une bonne idée : si l'un tombe, l'autre prend le relais.
Sans précaution, le résultat est une boucle, et une boucle en réseau commuté ne dégrade pas le service, elle l'anéantit. Les trames diffusées tournent indéfiniment, se multiplient à chaque passage, et saturent le réseau en quelques secondes. Le symptôme est brutal : plus rien ne répond, y compris les commutateurs eux-mêmes, ce qui rend le diagnostic à distance impossible.
D'où deux mécanismes, à ne pas confondre.
Le protocole d'arbre recouvrant
Il détecte les chemins redondants et en désactive logiquement une partie, de manière à ne laisser qu'un seul chemin actif entre deux points. Si le lien actif tombe, un lien de secours est réactivé.
Deux conséquences pratiques.
Un lien de secours ne transporte rien en fonctionnement normal : vous payez deux liens pour la bande passante d'un seul.
La bascule prend du temps, de quelques secondes à une trentaine selon la version du protocole en service. Une session applicative peut ne pas y survivre.
Deux réglages valent d'être posés partout : la mise en service immédiate des ports d'accès qui ne portent que des postes, et la protection qui coupe un port si un équipement s'y annonce comme commutateur principal. La seconde évite le classique du petit commutateur rapporté sous un bureau qui perturbe tout le réseau.
L'agrégation de liens
Un principe différent. Plusieurs liens physiques entre deux mêmes équipements sont vus comme un seul lien logique. Les deux transportent du trafic, et la perte de l'un laisse l'autre.
C'est presque toujours ce que l'on veut entre deux commutateurs ou vers un serveur : pas de lien dormant, bascule quasi immédiate.
Trois précautions.
Configurer les deux côtés. Un côté agrégé et l'autre non produit exactement la boucle que l'on voulait éviter.
La répartition se fait par flux, pas par paquet. Deux liens agrégés ne donnent pas le double de débit à une copie unique entre deux machines : ce flux emprunte un seul lien.
Vérifier l'état après configuration, et pas seulement l'absence d'erreur : un lien peut être physiquement présent et exclu de l'agrégat.
La redondance du routeur
La disponibilité des liens ne sert à rien si la passerelle est unique. Les protocoles de redondance de passerelle permettent à deux routeurs de partager une adresse virtuelle : les postes ne connaissent qu'elle, et la bascule est transparente.
Point souvent oublié : cette redondance doit exister dans chaque VLAN routé, pas seulement dans le principal.
Ce qu'il faut tester
Une redondance non testée n'est pas une redondance. Débranchez un lien en heures creuses et mesurez trois choses : la durée réelle de la coupure, ce que les applications ont ressenti, et le retour à l'état normal après reconnexion.
Le retour est la partie que l'on oublie de tester, et c'est parfois là que la boucle apparaît.
À retenir
Un lien doublé sans mécanisme est une panne totale, pas une sécurité. Arbre recouvrant pour éviter les boucles, agrégation pour utiliser les deux liens, redondance de passerelle dans chaque VLAN. Et testez la coupure comme la reconnexion.