Polarys

Quelle adresse est encore libre ? Tenir l'inventaire de son réseau avec NetBox

Installer NetBox, y mettre le strict minimum, et savoir en une semaine quelle adresse est libre sans demander à personne ni rouvrir le tableur.

Sommaire10

Quelle adresse est encore libre ? Tenir l'inventaire de son réseau avec NetBox

Vous devez brancher une imprimante réseau. Quelle adresse lui donner ? Vous ouvrez le tableur, vous voyez trois lignes en rouge datées de l'an dernier, vous lancez un ping sur deux ou trois adresses au hasard, ça ne répond pas, vous prenez la première. Trois semaines plus tard, quelqu'un rallume le serveur de sauvegarde qui portait déjà cette adresse.

Deuxième symptôme du même mal : un câble pend d'un switch, personne ne sait ce qu'il y a au bout, et personne n'ose le débrancher.

NetBox répond à ces deux questions. C'est un logiciel libre qui tient le plan d'adressage et le plan de câblage d'un réseau au même endroit, avec un écran web et une recherche. Ce guide vous emmène d'un tableur bancal à un NetBox qui tourne, avec dedans de quoi répondre à la première question dès la semaine suivante.

Avant d'installer quoi que ce soit : ce que NetBox n'est pas

C'est le point qui décide si vous utiliserez encore l'outil dans trois mois, alors il passe avant l'installation.

NetBox ne scanne pas votre réseau. Il ne découvre rien, ne balaye aucune plage d'adresses, ne se remplit pas tout seul. Vous l'installerez et il sera vide, et il restera vide tant que personne n'aura rien saisi.

NetBox est une source de vérité déclarée : il décrit le réseau tel qu'il doit être, parce que quelqu'un l'a écrit. C'est un choix de conception, pas un manque. Un outil de découverte vous dit ce qui répond en ce moment ; il ne vous dit pas qu'une adresse est réservée à un serveur pas encore livré, ni à quoi sert le câble numéro 14.

La conséquence est brutale et il vaut mieux la connaître maintenant : NetBox ne vous fera gagner du temps qu'après que vous lui en ayez donné. Les gens qui abandonnent au bout de trois semaines sont presque toujours ceux qui attendaient qu'il se remplisse.

Si ce que vous cherchez, c'est un inventaire du matériel qui remonte tout seul (marque, numéro de série, logiciels installés), c'est un autre outil : voir le cours GLPI : administration. GLPI répond à « qu'est-ce que je possède, et qui l'utilise » ; NetBox répond à « comment mon réseau est organisé, et où reste-t-il de la place ». Les deux cohabitent très bien.

Le modèle minimal : cinq objets, et pas un de plus

NetBox propose des dizaines de types d'objets : circuits, locataires, clusters de virtualisation, alimentations électriques, contrats de support. Vouloir tout modéliser d'emblée est l'autre manière d'abandonner, aussi sûre que la première.

Voici ce qui suffit à démarrer, et comment ces objets s'emboîtent.

graph TD
    S[Site<br/>le local, l'agence] --> R[Rack<br/>la baie]
    R --> D[Equipement<br/>switch, serveur]
    D --> I[Interface<br/>un port de l'equipement]
    S --> P[Prefixe<br/>un sous-reseau entier]
    P --> A[Adresse]
    I --- A

Le site : un lieu physique. Le siège, l'atelier, l'agence de Lyon. Si vous n'avez qu'un local, créez-en un quand même : tout le reste s'y accroche.

Le rack : la baie. Facultatif au début si vous n'en avez qu'une, mais c'est lui qui vous dira plus tard qu'il reste quatre emplacements libres en haut.

L'équipement : un switch, un serveur physique, un point d'accès, un onduleur. Attention, NetBox est exigeant ici : avant de créer votre premier équipement, il vous demandera son fabricant, son modèle et son rôle (switch d'accès, serveur, pare-feu). Ce n'est pas de la bureaucratie, c'est ce qui rendra la recherche utile plus tard, mais c'est la première friction du produit et elle surprend.

L'interface : un port de l'équipement. C'est elle qui porte l'adresse, et c'est elle qui permet de dire « le câble 14 part du port 12 du switch de l'atelier ».

Le préfixe : un sous-réseau entier, écrit comme 192.168.10.0/24. C'est l'objet le plus rentable de tout NetBox.

L'adresse : une adresse IP, le numéro qui identifie une machine sur le réseau, rattachée à un préfixe et, quand c'est pertinent, à une interface.

Ce qu'il faut refuser de saisir au début

Aussi important que la liste précédente, et beaucoup moins souvent dit :

  • Les câbles, un par un. Tentant, et c'est le piège classique. Câbler deux cents ports à la main prend trois soirées et sera faux au premier déménagement de bureau. Câblez plus tard, et seulement le réseau structurant : liens entre switchs, liaison vers le pare-feu, ports des serveurs.
  • Les locataires, les contrats, les circuits opérateur. Utiles à dix sites, inutiles à un.
  • Les postes de travail. Ils changent trop vite et se découvrent automatiquement ailleurs. NetBox tient l'infrastructure, pas la flotte de portables.
  • Les emplacements précis en baie, hauteur par hauteur, tant que vous n'avez pas déjà les équipements et les adresses dedans.
  • Une arborescence de régions, de groupes de sites et de zones. Un site plat suffit jusqu'à cinq ou six lieux.

La règle de tri est la même que pour tout inventaire : si je supprime cette ligne, quelle décision devient impossible ? Sans réponse, la ligne n'a pas à exister. Le cours CMDB et ITSM, qui traite des bases d'inventaire informatique et de la façon de les tenir, développe ce critère et ses conséquences.

Installer : le conteneur est le chemin le plus court

NetBox est une application web qui a besoin d'une base de données PostgreSQL, d'un cache Redis et de plusieurs processus. Installée à la main, c'est une bonne soirée. Le projet communautaire netbox-docker livre tout cet assemblage déjà câblé.

Si Docker ne vous dit encore rien, faites d'abord le guide votre premier conteneur Docker : il installe Docker et fait tourner une page web en dix minutes. Revenez ensuite ici.

La marche à suivre, dans son principe :

git clone -b release https://github.com/netbox-community/netbox-docker.git
cd netbox-docker
docker compose pull
docker compose up -d

Il reste un point à régler avant le premier démarrage : le port sur lequel l'interface web répondra, et le compte administrateur initial. Ces deux réglages se font par un fichier de surcharge et des variables d'environnement, et leur nom exact change d'une version à l'autre. Le fichier README.md du dépôt que vous venez de cloner donne la version qui correspond à ce que vous avez téléchargé : lisez-le, il fait une page. La documentation de référence du produit est sur docs.netbox.dev.

Vous savez que c'est gagné quand une page de connexion s'affiche dans votre navigateur et que votre compte administrateur y entre. Tout le reste de ce guide se passe dans cette page.

Remarque de sérieux : ce montage en conteneurs est parfait pour découvrir et très correct pour une petite structure, mais la base PostgreSQL contient désormais votre plan de réseau. Elle se sauvegarde, comme le reste.

La première semaine : le plan d'adressage, et rien d'autre

C'est ici que se joue l'habitude. La tenue du plan d'adressage, ce que le monde des réseaux appelle l'IPAM (le suivi centralisé des sous-réseaux et des adresses), est le seul bénéfice de NetBox qui se ressent en quelques jours. Tout le reste se ressent en quelques mois.

Faites donc ceci, dans cet ordre, et arrêtez-vous là si vous voulez.

1. Créez un site. Son nom suffit.

2. Créez vos préfixes, un par sous-réseau réellement en service : 192.168.10.0/24 pour les postes, 192.168.20.0/24 pour les serveurs, 192.168.30.0/24 pour la téléphonie. Rattachez chacun au site. Si votre réseau est découpé en VLAN, ces réseaux logiques qui séparent le trafic sur un même câblage, notez le numéro de VLAN dans le préfixe : c'est le rapprochement que personne n'arrive jamais à faire de tête.

3. Saisissez les adresses déjà attribuées qui comptent : passerelles, serveurs, imprimantes, points d'accès, équipements réseau. Pas les postes en attribution automatique, ils ne se saisissent pas.

4. Réservez explicitement ce qui n'est pas encore branché mais déjà promis. NetBox permet de marquer une adresse comme réservée : c'est exactement ce qu'un ping ne saura jamais vous dire.

Le bénéfice arrive à la fin de cette manipulation. Ouvrez un préfixe : NetBox affiche la liste de ses adresses et les trous, les plages encore disponibles. La question « quelle adresse je donne à cette imprimante » se répond en quatre secondes, seul, sans déranger personne et sans ping au hasard.

Voilà ce qu'il faut avoir gagné avant d'aller plus loin. Ajoutez les équipements, les interfaces et les câbles ensuite, au fil des interventions.

Reprendre le tableur au lieu de tout ressaisir

Vous avez déjà un tableur. Ne le retapez pas : NetBox sait importer des données depuis un fichier au format CSV, c'est-à-dire un tableur enregistré en texte, une ligne par objet. Chaque type d'objet a son propre écran d'import, avec le modèle de colonnes attendu affiché sur place : c'est ce modèle qui fait foi, pas un exemple trouvé sur un forum.

Trois précautions qui vous éviteront de recommencer :

  • Importez dans l'ordre des dépendances. Les sites avant les préfixes, les fabricants et les modèles avant les équipements. Un import qui référence un objet inexistant est refusé en bloc.
  • Testez sur dix lignes avant d'en lancer deux mille. Une colonne mal nommée se corrige en trente secondes sur dix lignes.
  • Nettoyez avant, pas après. Et c'est le vrai avertissement : un tableur faux produit un NetBox faux. Pire, il produit un NetBox faux qui a l'air sérieux, avec des écrans propres et une recherche qui répond. Les lignes dont vous n'êtes pas sûr, ne les importez pas : laissez-les dehors et traitez-les une par une. Un inventaire incomplet mais exact est utilisable ; un inventaire complet et faux ne l'est pas.

La question qui décide de tout : qui met à jour, et quand

Ce n'est pas un conseil de fin de guide, c'est la condition de survie de ce que vous venez de construire.

Un inventaire déclaré ne dérive pas lentement, il meurt d'un coup : la première fois qu'une intervention se termine sans mise à jour, la confiance se fissure, et six semaines plus tard plus personne n'ouvre l'outil. Un inventaire faux est pire qu'un tableur, parce qu'on lui fait confiance. Le tableur, au moins, on s'en méfiait.

La seule règle qui tienne dans la durée :

La mise à jour fait partie de l'intervention, pas de l'après. L'imprimante n'est pas installée tant que son adresse n'est pas dans NetBox. Le switch n'est pas remplacé tant que l'ancien n'est pas sorti de la base.

Deux décisions à prendre maintenant, pas plus tard :

Qui. Celui qui fait le geste, pas un référent qui centralise. Une saisie déléguée est une saisie qui n'a pas lieu. Si vous êtes seul, c'est vous, et la règle vaut quand même : elle vous protégera de vous-même dans six mois.

Quand. Au moment du changement. Pas le vendredi, pas à la revue mensuelle. La revue trimestrielle existe, mais c'est un filet de sécurité qui rattrape les oublis, jamais le mécanisme principal.

Le chapitre « La tenir à jour, ou l'abandonner » du cours CMDB et ITSM détaille cette discipline, les indicateurs de fraîcheur à suivre et pourquoi chaque ligne doit porter le nom d'une personne.

Erreurs fréquentes

  • Attendre que NetBox se remplisse. Il ne découvre rien. Rien n'entre qui n'ait été saisi ou importé.
  • Commencer par modéliser les baies et les câbles. C'est la partie la plus visible et la moins rentable. Le plan d'adressage rapporte en une semaine, le câblage en un an.
  • Importer le tableur tel quel « pour nettoyer plus tard ». Plus tard n'arrive pas, et vous aurez transformé un doute en certitude fausse.
  • Saisir les postes de travail et les téléphones. Ils changent chaque semaine, vous ne suivrez pas, et leur péremption décrédibilisera le reste de la base.
  • Faire de la mise à jour une tâche séparée. Toute tâche séparée de l'intervention finit dans la liste des choses qu'on fera quand on aura le temps.

À retenir

  • NetBox décrit le réseau tel qu'il doit être, déclaré par vous. Ce n'est pas un scanner.
  • Cinq objets suffisent pour démarrer : site, rack, équipement, interface, préfixe et adresse. Tout le reste attend.
  • Le plan d'adressage est le premier gain réel : savoir quelle adresse est libre, seul, en quelques secondes.
  • Le conteneur est le chemin d'installation le plus court, et le README.md du dépôt fait foi sur les réglages exacts.
  • La mise à jour se fait pendant l'intervention, par celui qui intervient. Sinon l'outil sera faux, et un inventaire faux coûte plus cher qu'un tableur.

Mini-exercice

Sans rien installer, prenez le sous-réseau de vos serveurs et écrivez trois choses : son préfixe en notation adresse/longueur, les cinq adresses que vous connaissez par cœur, et le nombre d'adresses dont vous seriez incapable de dire aujourd'hui si elles sont libres ou prises.

Ce troisième chiffre est la mesure exacte de ce que NetBox vous apportera. S'il vaut zéro, votre tableur suffit et ce guide ne vous sert à rien. S'il dépasse la dizaine, vous avez déjà perdu plus de temps en pings au hasard que ne vous en coûtera l'installation.

À lire ensuite

Sur le même thème, pour aller plus loin.

Besoin d'un accompagnement personnalisé ?

Cours 1:1, conseil de solution, ou simplement une question précise - contacte-moi directement.