Synchroniser ses fichiers entre appareils avec Syncthing
Vous avez déjà fait ça : écrire un courriel à votre propre adresse, y attacher un document, et le rouvrir vingt minutes plus tard sur l'autre machine. Ou vous brancher une clé. À chaque fois ça marche, et à chaque fois vous venez de créer une deuxième version du fichier sans savoir laquelle est la bonne.
Syncthing supprime ce geste. Vous désignez un dossier sur deux appareils, et il fait en sorte que les deux dossiers soient identiques. Une phrase pour situer et on passe : c'est le plus léger des services qu'on fait tourner chez soi, parce qu'il n'y a pas de serveur au milieu. Vos appareils se parlent directement.
C'est le bon point de départ si votre besoin s'arrête à vos propres appareils. S'il faut partager un lien avec quelqu'un d'autre, ouvrir vos fichiers dans un navigateur ou gérer plusieurs comptes, c'est le guide Son cloud personnel avec Nextcloud qu'il vous faut, et il est nettement plus exigeant.
Avant d'installer : ce n'est pas une sauvegarde
Ce paragraphe est placé ici, avant toute manipulation, parce que le confondre avec une sauvegarde est la seule façon de perdre des fichiers avec cet outil.
Une synchronisation recopie fidèlement ce que vous faites, y compris vos erreurs. Vous supprimez un dossier de photos sur le portable, distraitement : quelques secondes plus tard il a disparu du fixe aussi, et du téléphone. Vous écrasez un document par une version vide : la version vide se propage. La synchronisation ne juge pas, elle réplique.
Une sauvegarde fait l'inverse : elle conserve des états anciens que vous ne pouvez plus modifier depuis vos appareils.
| Synchronisation | Sauvegarde | |
|---|---|---|
| Objectif | Avoir la même chose partout | Pouvoir revenir en arrière |
| Une suppression | se propage partout | reste récupérable |
| Nombre de copies utiles | une seule, en plusieurs exemplaires | plusieurs dates différentes |
| Protège contre | la perte d'un appareil | l'erreur humaine, le rançongiciel |
Il vous faut donc les deux. Syncthing pour le confort quotidien, une vraie sauvegarde à côté : le cours Sauvegarder ses données pour de bon traite le sujet en entier. Si vous n'avez pas de sauvegarde aujourd'hui, commencez par là.
Un réglage adoucit le risque sans l'annuler : le versionnage des fichiers, à activer dossier par dossier. Un fichier supprimé ou remplacé est alors rangé de côté au lieu d'être effacé. C'est un filet de rattrapage de quelques jours, sur le même disque : si la machine meurt, le filet meurt avec elle.
Comment ça marche, en une image
graph LR
O["Ordinateur fixe<br/>dossier Documents"] <--> P["Portable<br/>meme dossier"]
O <--> T["Telephone<br/>meme dossier"]
P <--> T
D["Annuaire public<br/>aide les appareils<br/>a se trouver"] -.-> O
D -.-> P
D -.-> T
Regardez surtout ce qui n'est pas là : aucune boîte centrale qui détiendrait vos fichiers. Chaque appareil a le dossier complet, en entier, sur son propre disque. Ils s'envoient directement les modifications entre eux.
Les traits en pointillés méritent une phrase. Deux appareils qui ne sont pas sur le même réseau doivent d'abord se trouver, et Syncthing s'appuie pour cela sur un service d'annuaire public : il aide les appareils à se localiser, il ne reçoit pas vos fichiers. Conséquence agréable, sur la plupart des connexions domestiques : votre portable en déplacement retrouve la machine de la maison sans que vous ayez rien ouvert sur votre box. C'est le service de cette famille qui demande le moins de travail réseau.
Ce n'est pas garanti partout : certaines connexions, mobiles ou d'entreprise, empêchent la liaison directe. Si vous en venez à vouloir forcer un accès depuis l'extérieur, ne bricolez pas votre box en recopiant trois lignes trouvées ailleurs : le cours Héberger ses services chez soi explique d'abord ce que vous exposez, puis les options par ordre de sûreté.
Installer et appairer deux appareils
Le principe est le même partout, seuls les écrans changent. Sur ordinateur, Syncthing se pilote depuis une page web qui s'ouvre sur la machine elle-même. Sur téléphone, c'est une application. Les libellés diffèrent d'une version à l'autre : suivez l'intention, pas le mot exact.
1. Installez-le sur les deux appareils, depuis le site officiel du projet ou la logithèque de votre système. Il tourne ensuite en tâche de fond.
2. Faites-les se reconnaître. Chaque installation se fabrique un identifiant d'appareil, une longue suite de caractères qui lui sert de carte d'identité. Vous ajoutez l'appareil B depuis l'appareil A en lui donnant cet identifiant, puis l'appareil B affiche une demande d'approbation à accepter. L'appairage se fait dans les deux sens : c'est ce qui empêche un inconnu de s'inviter. Entre un téléphone et un ordinateur, l'interface propose en général de scanner un code visuel plutôt que de taper l'identifiant.
3. Partagez un dossier, un seul. Sur l'appareil A, désignez le dossier et indiquez qu'il est partagé avec B. Sur B, acceptez la proposition qui apparaît et choisissez où le dossier doit atterrir : cet emplacement est votre décision.
4. Vérifiez le lendemain. La première synchronisation d'un gros dossier prend du temps, et regarder l'écran ne prouve rien. Déposez un fichier le soir, éteignez, retrouvez-le le lendemain sur l'autre appareil sans avoir rien fait.
Deux réglages valent la minute qu'ils coûtent, surtout sur téléphone : limiter la synchronisation au Wi-Fi, et autoriser l'application à travailler en arrière-plan, faute de quoi le système la met en veille et la synchronisation s'arrête sans rien dire.
Les conflits : ce que vous verrez, et quoi en faire
La situation suivante finit toujours par arriver. Vous modifiez un document sur le portable dans le train, hors connexion. Le même document est modifié sur le fixe à la maison. Le soir, les deux appareils se retrouvent avec deux versions différentes du même fichier.
Syncthing ne choisit pas à votre place, et c'est une bonne nouvelle : il ne jette jamais votre travail. Il garde une version sous le nom d'origine et range l'autre à côté, dans le même dossier :
budget-2026.ods
budget-2026.sync-conflict-20260919-142233-K7X2Q9A.ods
Le mot sync-conflict au milieu du nom est le signal, suivi de la date et de l'heure du conflit. Voir ce fichier apparaître n'est pas une panne, c'est le mécanisme qui fonctionne.
La résolution est manuelle, et elle tient en trois gestes.
- Ouvrez les deux fichiers côte à côte et comparez. Le plus souvent, l'un des deux contient visiblement tout ce que vous vouliez, et l'autre une modification mineure.
- Fabriquez la bonne version dans le fichier au nom normal, celui sans
sync-conflict: soit il fait déjà l'affaire, soit vous y recopiez à la main le passage manquant. - Supprimez le fichier de conflit une fois sûr de vous. Cette suppression se propage aux autres appareils, ce qui est ici exactement ce que vous voulez.
L'habitude qui évite presque tous les conflits : fermer le document avant de changer d'appareil, et laisser quelques secondes de connexion à la synchronisation pour partir. Les conflits naissent du travail simultané, rarement du travail successif.
Un cas à connaître : les suites bureautiques déposent des fichiers de travail temporaires à côté de vos documents, et ils génèrent des conflits inutiles. Chaque dossier accepte une liste de motifs de fichiers à ignorer : y ranger ces temporaires rend la synchronisation nettement plus calme.
Le dossier en envoi seul, ce qui ressemble le plus à une sauvegarde
Par défaut, un dossier partagé fonctionne dans les deux sens. Mais chaque appareil peut déclarer un dossier en envoi seul : « j'envoie mes modifications, je n'accepte pas celles des autres ».
L'usage qui en découle est utile. Votre ordinateur porte le dossier en envoi seul ; une vieille machine laissée allumée dans un placard le reçoit en réception seule. Vos documents partent vers elle, et si quelque chose modifie ou supprime des fichiers de ce côté-là, l'ordinateur d'origine n'en est pas affecté : il signale une divergence et attend vos instructions.
C'est ce qui s'approche le plus d'une sauvegarde avec cet outil, et ça n'en est toujours pas une : la suppression continue de se propager dans le sens de l'envoi. Si vous effacez un dossier sur la machine d'origine, il s'efface aussi sur la copie. L'envoi seul protège d'une bêtise faite en face, pas d'une bêtise faite chez vous. Une deuxième copie vivante, donc, utile le jour où un disque lâche, pas un remplacement de la sauvegarde.
Erreurs fréquentes
- Se dire « mes fichiers sont en sécurité, je peux arrêter la sauvegarde ». Une suppression se propage en quelques secondes partout. C'est l'erreur qui coûte des fichiers.
- Synchroniser tout son disque le premier soir. La première synchronisation n'en finit pas, le téléphone se remplit, et vous n'avez plus aucune idée de ce qui bouge. Un dossier, puis les autres.
- Supprimer les fichiers
sync-conflictsans les ouvrir, parce qu'ils ont l'air d'un déchet technique. Ils contiennent une version de votre travail, parfois la bonne. - Oublier l'autorisation d'arrière-plan sur le téléphone. L'application paraît configurée et ne se réveille qu'à l'ouverture. On croit à une synchronisation qui n'a pas lieu.
- Confondre l'envoi seul avec une protection contre ses propres erreurs. Il ne protège que dans un sens, et ce n'est pas celui d'où viennent la plupart des suppressions accidentelles.
À retenir
- Syncthing rend un dossier identique sur plusieurs appareils, sans compte et sans serveur central : les appareils se parlent directement, ce qui en fait le service de cette famille qui demande le moins de travail réseau.
- Ce n'est pas une sauvegarde. Une suppression se propage partout. Une vraie sauvegarde à côté est une condition, pas une option.
- L'appairage se confirme des deux côtés, avec un identifiant d'appareil propre à chaque installation.
- Un nom de fichier contenant
sync-conflictsignale un document modifié à deux endroits : ouvrez les deux versions, fabriquez la bonne, supprimez l'autre. - Le dossier en envoi seul donne une copie qu'on ne peut pas abîmer d'en face, mais la suppression continue de descendre depuis la source.
Mini-exercice
Sur deux appareils déjà synchronisés, provoquez volontairement un conflit. Créez essai.txt dans le dossier partagé et attendez qu'il apparaisse de l'autre côté. Coupez ensuite le réseau du second appareil, écrivez une ligne différente dans essai.txt sur chacun des deux, puis rétablissez le réseau.
Un deuxième fichier apparaît, dont le nom contient sync-conflict suivi d'une date. Ouvrez les deux : aucune de vos deux lignes n'a été perdue. Recopiez ce qui vous intéresse dans essai.txt, supprimez le fichier de conflit. Vous venez de faire, sur un fichier sans importance, le geste exact que vous devrez faire un jour sur un document qui compte.