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Quitter Google Photos avec Immich

Rapatrier dix ans de photos chez soi sans perdre leurs dates, et retrouver la sauvegarde automatique depuis le téléphone.

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Quitter Google Photos avec Immich

Il y a deux façons d'arriver ici. La première est une ligne sur un relevé bancaire : le stockage gratuit a été dépassé il y a longtemps, l'abonnement est passé au palier suivant, et il est parti pour augmenter encore, parce que les photos ne diminuent jamais. La seconde est une histoire lue quelque part, celle de quelqu'un dont le compte a été suspendu du jour au lendemain, sans interlocuteur, et qui a perdu avec lui quinze ans de photos de famille.

Dans les deux cas, la question est la même : ces photos peuvent-elles vivre chez vous, dans un outil qui ressemble à ce que vous utilisez aujourd'hui, avec la sauvegarde automatique depuis le téléphone et une recherche qui fonctionne ?

Immich est ce que la plupart des gens installent pour cela. C'est un service que vous faites tourner chez vous, avec une application mobile qui envoie les photos toute seule, une frise chronologique, des albums, et une recherche par contenu. Une phrase pour situer : c'est aujourd'hui le projet libre qui ressemble le plus à un service photo commercial, et c'est très exactement pour cette raison qu'il est le plus choisi.

Ce guide traite l'outil et, surtout, le déménagement. Le raisonnement commun à tout service hébergé chez soi, ce qu'il coûte réellement sur trois ans, la sauvegarde comme condition d'entrée et l'accès depuis l'extérieur, est porté par le cours Héberger ses services chez soi : lisez-le avant, ce guide ne le refait pas.

Où vivent les photos, une fois le déménagement fait

graph LR
    T[Telephone<br/>envoi automatique] --> S[Serveur Immich<br/>a la maison]
    G[Export Google Photos<br/>archives telechargees] --> S
    S --> D[Disque externe<br/>branche regulierement]
    S --> C[Copie chiffree<br/>hors du domicile]

Regardez bien les deux flèches du bas. Elles ne sont pas un supplément de confort : sans elles, vous venez de remplacer un service qui gardait plusieurs copies de vos photos dans plusieurs bâtiments par un seul disque posé dans un placard. Nous y revenons, parce que c'est le point qui décide si cette opération est une bonne ou une très mauvaise idée.

Les deux choses à savoir avant de commencer

Votre bibliothèque est plus grosse que vous ne le pensez. Le chiffre qui compte n'est pas celui que vous avez en tête, c'est celui que Google affiche dans la gestion de votre stockage. Une famille qui prend des photos depuis dix ans avec des téléphones récents dépasse couramment plusieurs centaines de gigaoctets, vidéos comprises. Prévoyez sur le serveur au moins le double de cette taille : les archives téléchargées et les photos importées coexistent pendant toute l'opération, et l'outil fabrique en plus ses propres vignettes.

L'opération se compte en jours, pas en soirée. L'export est préparé par Google, qui prend des heures à plusieurs jours selon le volume. Le téléchargement dépend de votre ligne. L'import et l'indexation prennent encore des heures. Rien de tout cela n'est difficile, mais tout est long, et c'est la principale raison pour laquelle les gens s'y prennent mal : ils lancent l'export un dimanche soir en espérant finir avant lundi.

Le vrai travail : récupérer l'export Google

Google fournit un service d'export de vos données, Google Takeout, qui prépare une copie de ce que contient votre compte et vous la livre en archives à télécharger. C'est par là que passe l'intégralité de votre bibliothèque.

Trois points pratiques, qui ne dépendent pas de l'apparence exacte de l'interface :

  1. Ne demandez que les photos. L'export propose par défaut l'ensemble des services du compte. Restreindre à la seule bibliothèque photo divise le volume et la durée.
  2. Choisissez la plus grande taille d'archive proposée. L'export est découpé en morceaux : plus ils sont gros, moins vous aurez de fichiers à télécharger et à surveiller. Un export volumineux peut se compter en dizaines de morceaux.
  3. Les liens de téléchargement expirent. Vous recevez un avertissement quand l'export est prêt, et vous disposez alors d'un délai limité pour tout récupérer. Ne lancez pas l'export la veille d'un départ en vacances.

Vérifiez que vous avez bien tous les morceaux avant de considérer l'export terminé. Un morceau manquant, c'est une tranche de votre bibliothèque absente, et vous ne vous en apercevrez que des mois plus tard.

Le piège central : les dates livrées à côté des photos

C'est le point qui gâche la plupart des reprises, et il mérite d'être compris avant de toucher au moindre fichier.

Une photo prise par un téléphone contient normalement ses propres informations, écrites à l'intérieur du fichier image par l'appareil : la date, l'heure, le modèle, parfois le lieu. C'est ce qui permet à n'importe quel outil de ranger vos photos dans l'ordre.

Dans un export Google, ces informations ne sont pas fiables. Une partie des photos les a perdues au passage, et surtout : tout ce que vous avez modifié après coup, la date corrigée à la main, le lieu, la description, l'appartenance à un album, les favoris, n'a jamais été écrit dans l'image. Cela vivait dans la base de données du service. L'export vous le restitue sous forme d'un fichier d'accompagnement séparé, portant l'extension .json (un format texte utilisé pour transporter des données), posé à côté de chaque photo.

Autrement dit, votre export contient bien vos dates. Elles sont simplement dans le fichier d'à côté, et aucun outil ne devine tout seul qu'il faut aller les y chercher.

La conséquence si vous ignorez ce détail : vous glissez les images dans Immich, et vous obtenez dix ans de photos datées du jour de l'import. Plus de frise chronologique, plus de « cet été-là », plus rien. La recherche par visage et par contenu fonctionne encore, mais la colonne vertébrale de la bibliothèque a disparu. Et comme la mauvaise date a été écrite partout, revenir en arrière signifie tout supprimer et tout recommencer.

La règle à retenir : ne jamais importer les images seules. Il faut soit un outil qui lit les fichiers d'accompagnement en même temps que les images, soit une étape préalable qui réinscrit ces informations dans les images avant l'import.

Importer sans perdre la chronologie

Deux familles d'approche, et une précaution qui vaut pour les deux.

L'approche recommandée consiste à utiliser un outil d'import conçu pour les exports Google, qui traite l'archive telle qu'elle est livrée : il apparie chaque image avec son fichier d'accompagnement, reconstitue les dates, recrée les albums et écarte les doublons que l'export produit naturellement, une même photo pouvant apparaître dans plusieurs albums. La communauté du projet en maintient un, largement utilisé pour exactement ce cas.

L'approche en deux temps consiste à faire réinscrire les informations dans les images par un outil de manipulation de métadonnées, puis à importer des images redevenues autonomes. Plus de manipulations, mais un résultat indépendant de l'outil d'arrivée.

La précaution, dans les deux cas : essayez d'abord sur un petit morceau. Prenez une seule archive, importez-la, et regardez la frise chronologique. Les photos tombent-elles aux bonnes dates ? Les albums sont-ils là ? Si oui, continuez avec le reste. Si non, vous venez de perdre une heure au lieu de trois jours.

Un mot d'honnêteté ici, parce que l'enjeu le justifie : les noms, les options et le comportement exact de ces outils changent souvent, et le format de l'export Google a lui-même évolué plusieurs fois. Suivez la documentation officielle du projet au moment où vous faites l'opération, pas une recette datée. Une migration ratée sur dix ans de photos est le pire résultat possible, et le seul qui ne se rattrape pas facilement.

Dernière précaution, la plus importante de toutes : ne supprimez rien chez Google tant que vous n'avez pas vérifié. Gardez le compte tel quel pendant plusieurs semaines, le temps de naviguer dans la nouvelle bibliothèque, de chercher de vieilles photos, de vérifier des années au hasard. L'abonnement d'un mois de plus coûte quelques euros. Le contraire coûte votre bibliothèque.

La sauvegarde automatique du téléphone : ce qui rend l'outil vivant

Tout ce qui précède est un déménagement. Ce qui suit est ce qui détermine si vous utiliserez encore cet outil dans six mois.

Si envoyer les photos du téléphone vers le serveur demande une action volontaire, personne ne le fera. Pas vous après trois semaines, et certainement pas les autres personnes du foyer. L'application mobile d'Immich sait envoyer automatiquement les nouvelles photos en arrière-plan : c'est l'unique fonction à configurer correctement le premier jour.

Ce qu'il faut régler, en intention plutôt qu'en libellés :

  • Choisir les dossiers à envoyer. Par défaut, vous ne voulez probablement pas les captures d'écran ni les images reçues par messagerie. Beaucoup de gens envoient tout, s'agacent du bruit, et finissent par désactiver la fonction.
  • Décider du comportement en dehors du Wi-Fi. Envoyer des vidéos par le réseau mobile consomme le forfait et la batterie. Le réglage habituel est : Wi-Fi uniquement.
  • Autoriser l'application à travailler en arrière-plan. C'est le point qui coince le plus souvent : les téléphones récents mettent en veille les applications qu'ils jugent inactives, et l'envoi s'arrête discrètement. Si les photos ne remontent que lorsque vous ouvrez l'application, cherchez de ce côté, dans les réglages de batterie et d'arrière-plan du téléphone.

Et vérifiez ce fonctionnement au bout d'une semaine plutôt que le soir de l'installation. Prenez une photo, attendez le lendemain, et regardez si elle est arrivée seule.

Important : cette sauvegarde automatique n'est pas une sauvegarde. C'est un transport. Une photo supprimée par erreur sur le serveur est perdue, et vider le téléphone parce que « tout est sur le serveur » est le geste qui transforme un incident en catastrophe.

La double sauvegarde, non négociable

Vous venez de reprendre vos photos à un service qui, quelles que soient ses pratiques commerciales, en conservait plusieurs copies dans plusieurs lieux. Vous les avez déposées sur un disque, dans une pièce de votre logement.

En l'état, vous avez dégradé la situation, pas l'inverse. Un disque tombe en panne sans prévenir. Un logiciel de rançon chiffre ce qu'il atteint sur le réseau. Un dégât des eaux, un vol ou un incendie emportent la machine et tout ce qui est branché dessus.

La règle est celle du cours : trois copies, sur deux supports différents, dont une hors de chez vous. Pour des photos, cela donne concrètement le serveur, un disque externe que vous branchez à intervalle régulier, et une copie chiffrée chez un hébergeur en ligne. Le fond du sujet, les types de sauvegarde et la façon de vérifier qu'elles fonctionnent, est traité par le cours Sauvegarder ses données pour de bon.

Deux précisions propres aux photos :

  • Sauvegardez aussi la base de données du service, pas seulement les fichiers images. Les albums, les personnes identifiées et l'organisation vivent là. Perdre la base sans perdre les images, c'est récupérer un tas de fichiers et refaire tout le classement.
  • Restaurez une fois pour de vrai. Reprenez quelques photos depuis la copie de secours et ouvrez-les. Une sauvegarde jamais restaurée n'est qu'une hypothèse.

Ce qu'Immich fait moins bien qu'un service loué

Trois renoncements réels. Les connaître avant évite le regret après.

Le partage avec des proches est plus laborieux. Envoyer un album à quelqu'un qui n'est pas chez vous demande que ce service soit joignable depuis l'extérieur, donc une décision que vous n'aviez pas à prendre avec un service en ligne. Chez un hébergeur, un lien suffisait. Ici, chaque partage a un coût de réflexion.

L'accès hors du domicile n'est pas gratuit non plus. Tant que vous êtes chez vous, tout est immédiat. Dehors, il faut un chemin de retour vers votre réseau. Ce sujet est traité en entier par le chapitre du cours Héberger ses services chez soi consacré à l'accès depuis l'extérieur : il explique ce que vous exposez vraiment et quelles options prendre, par ordre de sûreté. N'ouvrez pas un accès dans votre box en suivant un tutoriel trouvé au hasard. Un service photo contenant toute votre vie familiale n'est pas le bon endroit pour s'entraîner.

Le projet évolue vite, et cela vous concerne. C'est un logiciel en développement actif, qui livre des versions fréquemment. Les corrections arrivent vite, les fonctions nouvelles aussi, mais certaines mises à jour demandent une intervention et non un simple redémarrage. Conséquence pratique : lisez les notes de version avant de mettre à jour, ne mettez pas à jour un soir où vous n'avez pas le temps, et ne mettez surtout jamais à jour sans sauvegarde fraîche de la base de données. Un service loué met à jour pour vous, et c'est précisément ce que vous venez de refuser.

Si l'entretien vous rebute, le bon réflexe est de le savoir maintenant : ce n'est pas un défaut de l'outil, c'est le prix du contrôle, et il se paie tous les mois.

Erreurs fréquentes

  • Supprimer les photos chez Google dès que l'import affiche « terminé ». Vérifiez d'abord plusieurs années au hasard, sur plusieurs semaines. Le compte reste ouvert entre-temps.
  • Importer les images sans leurs fichiers d'accompagnement. Dix ans de photos datées du jour de l'import, et une correction qui impose de tout recommencer.
  • Vider le téléphone parce que « tout est sur le serveur ». L'envoi automatique déplace, il ne protège pas. Tant que la sauvegarde n'est pas en place et vérifiée, le téléphone est votre deuxième copie.
  • Mettre à jour sans lire les notes de version ni sauvegarder la base. C'est le scénario le plus courant de bibliothèque cassée sur un service par ailleurs bien installé.

À retenir

  • Le travail n'est pas l'installation, c'est le déménagement : export, volume, durée, et la vérification avant de couper le pont avec l'ancien service.
  • Les dates et les albums arrivent dans des fichiers séparés des images. Importer sans les traiter produit une bibliothèque sans chronologie, et l'erreur se corrige mal.
  • Testez la migration sur une seule archive avant de lancer la totalité.
  • La sauvegarde automatique du téléphone est ce qui rend l'outil utilisable au quotidien : réglez-la le premier jour, vérifiez-la la semaine suivante.
  • Trois copies, deux supports, une hors du domicile, base de données comprise. Sans cela, vous avez remplacé plusieurs copies distantes par un disque dans un placard.
  • Partage, accès de l'extérieur et rythme des mises à jour sont les trois choses qu'un service loué faisait mieux. C'est le prix du contrôle.

Mini-exercice

Sans rien installer, ouvrez la page de gestion du stockage de votre compte Google et notez deux chiffres : la taille totale occupée par vos photos et vidéos, et ce que vous payez par an aujourd'hui.

Ces deux nombres décident de tout. Le premier vous dit quelle capacité de disque prévoir, en comptant au moins le double pendant la migration, et combien de temps l'opération va durer sur votre ligne. Le second vous donne le point de comparaison honnête à confronter au coût réel d'un serveur chez vous, calculé par le cours Héberger ses services chez soi. Il arrive que le calcul dise de rester : c'est un résultat valable.

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