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Héberger sa médiathèque avec Jellyfin

Regarder enfin, depuis le téléviseur du salon, la collection de films qui dort sur un disque externe, et pourquoi le nommage des fichiers décide de tout.

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Héberger sa médiathèque avec Jellyfin

Le disque externe est là, dans un tiroir. Il contient des années d'achats, de copies de vos propres disques, de films que vous aviez aimés. Et vous ne le branchez jamais. Pas parce que le contenu ne vous intéresse plus, mais parce que le regarder coûte trop de gestes : retrouver le disque, le brancher sur le bon ordinateur, fouiller dans des dossiers aux noms illisibles, ouvrir le bon fichier, et finir par renoncer et reprendre un abonnement de streaming pour ne pas y penser.

Le problème n'a jamais été le stockage. Il a toujours été l'accès. Une collection qu'on ne peut pas parcourir depuis le canapé, avec une affiche, un résumé et la reprise à l'endroit où on s'était arrêté, n'est pas une médiathèque : c'est une archive.

Jellyfin comble exactement ce manque. C'est un serveur multimédia libre et gratuit que vous faites tourner chez vous : il lit vos fichiers, va chercher les affiches et les résumés sur Internet, et présente le tout comme un service de streaming, avec une application sur le téléviseur, le téléphone et le navigateur. Une phrase pour situer : ses concurrents proposent la même chose, mais avec un compte chez l'éditeur et des fonctions réservées à un abonnement, ce qui est précisément ce que vous cherchez à quitter.

Une phrase aussi sur le droit, et on passe : ce guide traite une bibliothèque que vous possédez, vos disques, vos achats dématérialisés, vos propres enregistrements. Jellyfin ne fournit aucun contenu, il ne fait que présenter le vôtre.

Le raisonnement commun à tout service hébergé chez soi, ce qu'il coûte réellement, la sauvegarde comme condition d'entrée et l'accès depuis l'extérieur, est porté par le cours Héberger ses services chez soi : ce guide ne le refait pas.

Le chemin d'un film, du disque au téléviseur

graph LR
    F["Fichiers video<br/>disque du serveur"] --> S["Serveur Jellyfin<br/>bibliotheque et affiches"]
    S -->|"Lecture directe<br/>l appareil comprend le fichier"| TV["Televiseur du salon"]
    S -->|"Conversion a la volee<br/>la machine travaille"| TEL["Telephone ou tablette"]
    S --> NAV["Navigateur<br/>ordinateur"]

Retenez la différence entre les deux flèches du milieu. Quand l'appareil comprend le fichier tel quel, le serveur se contente de l'envoyer : c'est gratuit en puissance de calcul, et cela marche même sur une très petite machine. Quand l'appareil ne comprend pas le fichier, le serveur doit le convertir pendant que vous regardez. C'est là que tout se joue, et nous y revenons plus bas.

À faire avant d'installer : nommer les fichiers correctement

C'est la cause de la moitié des déceptions, et l'ordre compte. Un guide qui traiterait ce point après l'installation arriverait trop tard : vous auriez déjà vu une bibliothèque de rectangles gris sans titre ni affiche, et conclu que l'outil ne fonctionne pas.

Jellyfin ne regarde pas l'intérieur de vos fichiers pour savoir de quoi il s'agit. Il lit le nom du fichier et celui du dossier qui le contient, puis interroge des bases de données de cinéma pour récupérer l'affiche, le résumé, l'année, les acteurs. Un fichier nommé film_final_2_copie.mkv ne sera jamais reconnu, quel que soit le film qu'il contient. Un fichier bien nommé l'est presque toujours du premier coup.

Les films

Un dossier par film, et le fichier porte le même nom que son dossier, avec l'année entre parenthèses :

Films/
  Le Grand Bleu (1988)/
    Le Grand Bleu (1988).mkv
  Alerte rouge (2022)/
    Alerte rouge (2022).mp4

L'année n'est pas décorative : c'est elle qui départage un film et son remake portant le même titre. Sans elle, vous récupérez une fois sur deux l'affiche de l'autre.

Les séries

Un dossier par série, un sous-dossier par saison, et chaque épisode porte son numéro de saison et d'épisode :

Series/
  Kaamelott (2005)/
    Season 01/
      Kaamelott S01E01.mkv
      Kaamelott S01E02.mkv
    Season 02/
      Kaamelott S02E01.mkv

Le motif S01E02 est ce que l'outil cherche. Écrit autrement, 1x02 ou episode 2, la reconnaissance devient hasardeuse. Un épisode double se nomme S01E01-E02. Les épisodes spéciaux et hors-série vont dans un dossier Season 00.

Les trois pièges les plus fréquents

Les noms de téléchargement. Un fichier du type le.grand.bleu.1988.multi.1080p.x264-GROUPE.mkv contient une douzaine d'informations techniques qui parasitent la recherche. Renommez avant d'importer, pas après.

Les dossiers fourre-tout. Trois cents fichiers vidéo à plat dans un dossier A trier donneront trois cents résultats approximatifs. La structure en dossiers n'est pas de la coquetterie, elle fait partie de l'information.

Le mélange des genres. Films, séries et vidéos personnelles dans une même bibliothèque produisent un classement incohérent, parce que Jellyfin n'applique pas les mêmes règles de reconnaissance selon le type. Séparez les dossiers dès le départ : vous déclarerez une bibliothèque par type.

Deux précisions utiles. Les sous-titres externes se rangent à côté du fichier vidéo, avec la langue dans le nom : Le Grand Bleu (1988).fr.srt. Et si la perspective de renommer six cents fichiers à la main vous décourage, des outils de renommage automatique existent pour cela, dont certains spécialisés dans les médiathèques : une soirée passée là-dessus vaut mieux que trois mois de bibliothèque bancale.

Installer et déclarer une première bibliothèque

L'installation elle-même est la partie courte. Jellyfin s'installe sur une machine allumée en permanence, la même que celle du cours socle : un petit ordinateur de récupération, une machine dédiée peu gourmande, ou un boîtier de stockage relié au réseau (souvent appelé NAS) capable de faire tourner des applications.

Deux façons de l'installer : par le paquet fourni pour votre système, ou en conteneur, une manière de faire tourner une application dans une boîte isolée avec tout ce dont elle a besoin. La seconde est la plus répandue et la plus simple à mettre à jour ; le guide Faire tourner son premier conteneur Docker explique le principe si le mot ne vous dit rien.

Ensuite, un assistant de première configuration vous demande trois choses : un compte administrateur, la langue, et vos bibliothèques. Pour chaque bibliothèque, vous choisissez un type (Films, Séries, Musique) et le dossier correspondant. Le type n'est pas cosmétique : il détermine les règles de reconnaissance appliquées aux noms de fichiers.

Puis vous attendez. L'analyse d'une collection un peu fournie prend de quelques minutes à plusieurs heures, le temps que chaque titre soit reconnu et son affiche téléchargée. Ne jugez pas le résultat avant la fin de la première analyse.

Une fois la bibliothèque remplie, parcourez-la. Les titres non reconnus se voient immédiatement : ce sont ceux sans affiche. Corrigez leur nom de fichier, relancez l'analyse, et recommencez. Sur une grande collection, deux ou trois passes sont normales.

Regarder sur le téléviseur

C'est l'objectif, et il y a plusieurs chemins selon votre matériel. Une application Jellyfin existe pour la plupart des boîtiers multimédias et des téléviseurs connectés récents ; à défaut, un petit boîtier de télévision branché en HDMI fait très bien l'affaire, et c'est souvent la solution la plus économique et la plus fiable.

Un point pratique qui évite des soirées perdues : privilégiez le câble réseau pour le serveur, et si possible pour le téléviseur. Une vidéo de bonne qualité représente un débit soutenu, et le Wi-Fi d'un salon encombré est la première cause de lecture hachée, avant toute considération de puissance.

Le transcodage, ou pourquoi ça saccade sur le téléviseur et pas sur l'ordinateur

Voici le symptôme exact. Le film se lance correctement sur l'ordinateur, dans le navigateur. Sur le téléviseur, il démarre, s'arrête au bout de dix secondes, repart, se fige à nouveau. Parfois l'image est là mais le son manque. Et pendant ce temps, si vous regardez le serveur, sa charge est au plafond.

Ce qui se passe : l'appareil ne sait pas lire le fichier tel quel, alors le serveur le convertit à la volée, pendant la lecture. C'est ce qu'on appelle le transcodage. Ce n'est pas un bogue, c'est un service rendu, mais il est très coûteux. Convertir un film pendant qu'on le regarde demande à la machine un effort sans commune mesure avec le simple fait de l'envoyer, et une petite machine n'y arrive tout simplement pas.

Trois raisons possibles, et elles se cumulent :

  • Le format vidéo n'est pas compris par l'appareil. Les films récents et compacts utilisent souvent un format de compression moderne, le H.265, que les appareils un peu anciens ne savent pas décoder.
  • Les sous-titres sont en image et non en texte. Un sous-titre texte est simplement affiché par-dessus la vidéo, pour rien du tout. Un sous-titre stocké sous forme d'image doit être incrusté dans l'image, ce qui force une conversion complète du film, même si le reste était parfaitement lisible par l'appareil. C'est le déclencheur le plus sournois.
  • La qualité demandée dépasse ce que le réseau accepte. Une lecture depuis l'extérieur, ou sur un Wi-Fi faible, fait choisir une qualité réduite, donc une conversion.

Ce qui l'évite, par ordre d'efficacité :

  1. Ne pas transcoder. Constituer sa bibliothèque dans un format que ses appareils lisent nativement est de loin la meilleure réponse. Un fichier lu directement fonctionne sur une machine minuscule.
  2. Choisir des sous-titres en texte plutôt qu'en image quand les deux existent.
  3. Câbler le réseau, et laisser la lecture à la qualité d'origine sur le réseau local.
  4. Confier la conversion à la puce graphique de la machine plutôt qu'à son processeur. Les puces graphiques intégrées aux processeurs récents savent faire ce travail très efficacement, à condition d'être activées dans les réglages du serveur.

Sur ce dernier point, une honnêteté nécessaire : ce que votre machine sait accélérer dépend entièrement de son matériel, du format de départ et du format d'arrivée. Une même puce peut traiter trois conversions simultanées dans un cas et aucune dans un autre. Il n'existe pas de règle générale utilisable ici, et une affirmation trop assurée vous ferait acheter le mauvais matériel. Vérifiez dans la documentation officielle de Jellyfin la section consacrée à l'accélération matérielle, en partant du modèle exact de votre processeur.

Le raccourci qui marche presque toujours : si une seule personne regarde à la fois, sur un appareil récent, avec des fichiers dans un format courant et un câble réseau, vous ne transcoderez jamais et la question ne se posera pas.

Accéder à sa médiathèque depuis l'extérieur

La question arrive vite : regarder ses films chez ses parents, ou depuis un hôtel.

Ce guide ne donne délibérément aucune recette d'ouverture d'accès dans votre box. Exposer un service de chez vous à Internet est une décision qui se prend en connaissant ce qu'elle engage, et elle est traitée en entier par le chapitre du cours Héberger ses services chez soi consacré à l'accès depuis l'extérieur, qui donne les options par ordre de sûreté et les conditions à remplir avant d'y penser.

Deux remarques propres à la vidéo, en attendant. D'abord, une médiathèque est le cas type qui n'a souvent aucun besoin de sortir : elle se regarde dans le salon. Ensuite, la lecture à distance passe presque toujours par une conversion, puisque votre ligne montante n'enverra pas un film à sa qualité d'origine : c'est donc aussi le scénario qui met votre machine le plus à l'épreuve.

Ce que Jellyfin ne remplace pas

Deux renoncements réels, à connaître avant plutôt qu'après.

Le catalogue. Un abonnement de streaming vous donne accès à des nouveautés que vous ne possédez pas. Jellyfin ne vous donne accès qu'à ce que vous avez déjà. Les deux ne sont pas concurrents sur ce terrain, et beaucoup de foyers gardent un abonnement en plus.

Le confort sans entretien. Les mises à jour, les applications qui changent, un téléviseur dont le constructeur abandonne le magasin d'applications : tout cela est désormais votre affaire. Et vos fichiers ont exactement la valeur des copies que vous en gardez. Une collection constituée sur quinze ans qui vit sur un seul disque disparaîtra avec lui : le cours Sauvegarder ses données pour de bon traite ce point, qui vaut ici comme ailleurs.

Erreurs fréquentes

  • Installer d'abord et nommer ensuite. Vous jugerez l'outil sur une bibliothèque de rectangles gris, alors que le défaut vient des noms de fichiers. Nommez, puis installez.
  • Oublier l'année sur les films. La reconnaissance tombe sur un homonyme ou sur le remake, et vous passez la soirée à corriger des affiches une par une.
  • Tout mettre dans une seule bibliothèque. Films, séries et vidéos de famille obéissent à des règles de reconnaissance différentes : un dossier et une bibliothèque par type.
  • Conclure que le serveur est trop faible parce que ça saccade. Avant d'acheter une machine, vérifiez si une conversion est en cours et pourquoi. Un sous-titre en image ou un Wi-Fi médiocre expliquent la majorité des cas, et ne coûtent rien à corriger.

À retenir

  • Le nom du fichier et celui de son dossier sont la seule chose que Jellyfin regarde pour identifier un film. C'est le travail à faire en premier, et il conditionne tout le reste.
  • Films : un dossier par titre, avec l'année entre parenthèses. Séries : un dossier par série, un sous-dossier par saison, le motif S01E02 dans chaque épisode.
  • La lecture directe ne coûte presque rien à la machine. La conversion à la volée lui coûte énormément : c'est elle qui fait saccader le téléviseur pendant que l'ordinateur, lui, lit sans problème.
  • Format non supporté, sous-titres en image et réseau insuffisant sont les trois déclencheurs de conversion. Les éviter vaut mieux que d'acheter une machine plus puissante.
  • Ce que votre matériel sait accélérer se vérifie dans la documentation officielle, pas dans une recette générale.
  • L'accès depuis l'extérieur est une décision de sécurité, traitée par le cours socle. Une médiathèque se regarde le plus souvent très bien sans jamais sortir de chez vous.

Mini-exercice

Sans rien installer, ouvrez le disque où dort votre collection et prenez cinq fichiers au hasard. Pour chacun, écrivez à côté le nom qu'il devrait porter selon les règles de ce guide, dossier compris.

Cet exercice de dix minutes vous donne la seule information qui décide de la suite : l'ampleur réelle du travail de renommage. S'il faut corriger quatre fichiers sur cinq, prévoyez une soirée et un outil de renommage automatique avant même de penser à l'installation. Si la plupart sont déjà propres, vous pouvez installer ce week-end.

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