Construire un tableau de bord Home Assistant sur mesure
Le premier écran de Home Assistant se remplit tout seul. Chaque appareil ajouté y apparaît, rangé par pièce, avec son état. C'est pratique la première semaine. Au bout d'un mois, il y a quarante tuiles, dont trente ne servent jamais, et la seule information utile du matin (« la fenêtre de la salle de bain est restée ouverte ») est noyée au milieu.
Ce guide construit un tableau de bord à vous : peu de cartes, rangées par usage, et surtout des cartes qui n'apparaissent que quand elles servent. Tout se fait dans l'éditeur visuel, sans écrire de code.
Il suppose une installation qui fonctionne, avec quelques appareils déjà rattachés. Si ce n'est pas le cas, commencez par Premiers pas avec Home Assistant.
Home Assistant sort une nouvelle version chaque mois, et l'éditeur de tableaux de bord évolue souvent. Ce guide décrit les écrans par leur fonction plutôt que par l'emplacement exact d'un bouton. Il a été vérifié sur la documentation officielle en octobre 2026.
Avant de toucher à quoi que ce soit : laissez le tableau automatique tranquille
Le tableau livré d'office (appelé « Home ») est généré : Home Assistant le recalcule à chaque nouvel appareil. Dans son menu, une option propose d'en « prendre le contrôle » (« Take control » dans l'interface anglaise). Elle le fige pour que vous puissiez le modifier.
Ne le faites pas. Ce choix est sans retour : le tableau ne se mettra plus jamais à jour tout seul, et les appareils que vous ajouterez ensuite n'y apparaîtront plus. Vous perdez le filet de sécurité, celui qui montre toujours tout.
La bonne démarche est de garder le tableau automatique comme inventaire complet, et d'en créer un second, le vôtre, que vous mettrez en écran d'accueil. Si vous cassez quelque chose dans le vôtre, l'autre est toujours là.
Le vocabulaire, en une minute
Cinq mots suffisent pour tout le reste du guide.
- Le tableau de bord : un écran complet, avec son nom et son icône dans la barre latérale.
- La vue : un onglet du tableau. Un tableau peut en avoir plusieurs (« Maison », « Pièces », « Technique »).
- La section : un bloc de cartes avec un titre, à l'intérieur d'une vue. C'est l'unité de rangement.
- La carte : l'élément qui affiche un appareil ou une information, et permet souvent d'agir dessus.
- Le badge : une petite pastille en haut de la vue, pour une information d'un coup d'œil.
flowchart TD
T["Tableau de bord<br/>« Famille »"] --> V1["Vue « Maintenant »"]
T --> V2["Vue « Pièces »"]
T --> V3["Vue « Technique »"]
V1 --> B["Badges<br/>personnes, température"]
V1 --> S1["Section « À traiter »<br/>cartes conditionnelles"]
V1 --> S2["Section « Lumières »"]
V2 --> S3["Une section par pièce"]
S1 --> C1["Carte : fenêtre ouverte<br/>visible seulement si ouverte"]
S2 --> C2["Carte Tile : salon<br/>avec réglage d'intensité"]
Ce que vous allez construire
Un tableau « Famille » en trois vues, pensé pour un foyer réel :
- Maintenant : ce qui demande une action ou une décision. Une fenêtre ouverte alors qu'il pleut, des lumières allumées dans une pièce vide, la batterie faible d'un détecteur. Quand tout va bien, cette vue est presque vide, et c'est le but.
- Pièces : une section par pièce, avec les commandes de chacune.
- Technique : l'état du serveur, des sauvegardes et des batteries. Réservée à la personne qui entretient l'installation.
Étape 1 : créer le tableau
- Ouvrez Paramètres, puis Tableaux de bord.
- Ajoutez un tableau de bord et choisissez de partir de zéro (et non d'un modèle prérempli).
- Donnez-lui un nom (« Famille »), une icône, et laissez l'option d'affichage dans la barre latérale activée.
- Ouvrez-le : il est vide, avec une première vue de type Sections, la disposition par défaut. C'est celle que ce guide utilise.
La disposition Sections range les cartes sur une grille qui se réorganise d'elle-même selon la largeur de l'écran. C'est ce qui permet d'avoir un seul tableau pour le téléphone et pour la tablette.
Étape 2 : la vue « Pièces », pour prendre la main
Commencez par la vue la plus simple : elle vous fait manipuler l'éditeur sans enjeu.
- Passez en mode édition (le crayon en haut à droite).
- Renommez la vue en « Pièces » depuis ses réglages.
- Créez une section par pièce. Chaque section reçoit automatiquement un titre : écrivez-y le nom de la pièce.
- Dans chaque section, ajoutez des cartes. Le plus rapide est de choisir les appareils de la pièce, puis de laisser l'éditeur proposer une carte.
La carte Tile, celle qui convient presque toujours
Parmi les cartes suggérées, prenez la carte Tile (tuile). Elle affiche l'icône, le nom et l'état d'un appareil. Deux gestes à connaître :
- toucher l'icône allume ou éteint l'appareil quand c'est possible ;
- toucher le reste de la tuile ouvre la fiche détaillée de l'appareil.
Une tuile peut recevoir des fonctionnalités supplémentaires (« features ») : une réglette d'intensité pour une lampe, des boutons de mode pour un thermostat, la position d'un volet. Ajoutez-les seulement là où vous vous en servez vraiment. Une tuile surchargée se lit moins vite qu'une tuile simple.
Renommez les appareils dans la carte quand leur nom technique est illisible : « Lampe salon » vaut mieux que « Lumière 3 Zigbee ».
Étape 3 : les badges en haut de la vue
Les badges donnent une information sans prendre de place. Trois sortes existent :
- le badge d'entité : l'état d'un appareil ou d'un capteur, par exemple la température extérieure ;
- le badge raccourci : un bouton qui déclenche une action, comme ouvrir une autre vue ;
- le badge de filtre : il n'affiche que les appareils qui remplissent une condition, par exemple les lumières allumées, ou les personnes présentes.
Le badge de filtre est le plus utile : « 3 lumières allumées » en haut de l'écran remplace une vingtaine de tuiles.
Étape 4 : la vue « Maintenant », ou l'art de cacher
C'est la vue qui justifie tout le travail. Son principe : une carte n'apparaît que lorsqu'elle demande une action.
Chaque carte possède un onglet Visibilité. On y ajoute des conditions, et la carte ne s'affiche que si elles sont toutes remplies. Sans condition, elle s'affiche toujours. Les conditions disponibles portent notamment sur :
- l'état d'un appareil : la fenêtre est ouverte, la porte du garage n'est pas fermée ;
- l'écran : sa largeur, pour distinguer un téléphone d'une tablette ;
- l'utilisateur : la carte n'apparaît que pour certaines personnes ;
- l'heure, le soleil, la zone : de jour, après le coucher du soleil, quand quelqu'un est à la maison.
L'onglet indique en direct si la carte serait visible en ce moment, et quelle condition passe ou bloque. C'est votre outil de vérification.
Trois cartes pour commencer
- « Fenêtre de la salle de bain ouverte » : une tuile de la fenêtre, visible seulement quand son état est « ouvert ».
- « Lumières oubliées » : visible seulement quand il fait nuit et que la maison est vide. Ici, deux conditions doivent passer ensemble, ce que l'onglet Visibilité fait par défaut.
- « Batterie faible » : la tuile d'un détecteur, visible quand le niveau de sa batterie passe sous un seuil.
Testez chaque carte en provoquant la situation : ouvrez la fenêtre, regardez la carte apparaître, refermez-la. Une carte conditionnelle jamais vérifiée finit par ne jamais s'afficher, et on ne s'en aperçoit pas.
Étape 5 : le téléphone et la tablette murale
La disposition Sections s'adapte seule : sur un téléphone, les sections s'empilent ; sur une tablette, elles se placent côte à côte. Deux réglages de la vue affinent le résultat :
- le nombre maximal de sections de front, pour éviter des colonnes trop étroites sur un grand écran ;
- le placement dense, qui comble les trous entre les cartes, au prix d'un ordre moins maîtrisé.
Pour une tablette murale, deux habitudes évitent les mauvaises surprises :
- créez-lui son propre compte utilisateur, sans droits d'administration. Une tablette qui traîne dans l'entrée ne doit pas pouvoir modifier l'installation ;
- dans le profil de ce compte, choisissez le tableau « Famille » comme tableau par défaut. Chaque utilisateur peut avoir le sien, et la tablette s'ouvrira directement dessus.
La condition de visibilité sur l'utilisateur sert alors à masquer la vue Technique, ou certaines cartes, sur la tablette.
Étape 6 : la vue « Technique »
Une dernière vue, pour la personne qui entretient l'installation :
- les mises à jour en attente ;
- la date de la dernière sauvegarde ;
- les batteries des capteurs, triées de la plus faible à la plus pleine ;
- l'espace disque et la température du serveur.
Dans ses réglages, réservez-la aux administrateurs, ou masquez ses cartes par une condition sur l'utilisateur. Le reste de la famille n'a pas à la voir.
Le thème clair et sombre
Home Assistant suit par défaut le réglage clair ou sombre de l'appareil. C'est le bon choix : une tablette murale en thème sombre éclaire beaucoup moins l'entrée le soir. Des thèmes supplémentaires existent, mais commencez sans. Un tableau lisible vient de l'organisation, pas des couleurs.
L'éditeur visuel d'abord, le code en dernier recours
Chaque carte peut aussi se configurer en code (YAML), depuis l'éditeur de la carte. C'est parfois le seul moyen d'accéder à une option rare. Deux règles :
- restez dans l'éditeur visuel tant qu'il suffit : il valide ce que vous saisissez, le code non ;
- avant de modifier du code, copiez la configuration d'origine dans un fichier texte. C'est votre retour arrière.
Il existe aussi des cartes créées par la communauté, installables en complément. Certaines sont superbes. Elles posent cependant une question de maintenance et de confiance : une carte abandonnée par son auteur peut cesser de fonctionner après une mise à jour. Le tableau construit ici n'en utilise aucune, volontairement : il continuera de marcher quoi qu'il arrive.
Erreurs fréquentes
- Prendre le contrôle du tableau automatique. C'est sans retour, et les nouveaux appareils n'y apparaîtront plus. Créez un tableau à part.
- Tout afficher. Quarante tuiles se lisent moins bien que huit. Ce qui ne sert jamais n'a pas sa place sur l'écran d'accueil : il reste accessible dans le tableau automatique.
- Des cartes conditionnelles jamais testées. Une condition mal réglée cache la carte pour toujours, en silence. Provoquez chaque situation une fois.
- Une tablette murale connectée avec un compte administrateur. N'importe qui de passage peut alors modifier ou supprimer l'installation.
- Commencer par les thèmes et les cartes de la communauté. On passe une soirée sur l'apparence d'un tableau mal organisé. L'organisation d'abord, l'apparence ensuite, si elle manque encore.
- Bâtir le tableau sur une carte de la communauté indispensable. Le jour où elle casse, c'est tout l'écran d'accueil qui tombe.
À retenir
- Le tableau automatique reste votre inventaire complet : ne le figez pas, créez le vôtre à côté.
- Rangez par usage (ce qui demande une action, les pièces, la technique), pas par type d'appareil.
- La carte Tile couvre presque tous les besoins ; ajoutez des fonctionnalités seulement là où elles servent.
- L'onglet Visibilité est l'outil central : une carte qui n'apparaît que quand elle sert vaut dix cartes toujours visibles.
- Une tablette murale a son propre compte, sans droits d'administration, avec son tableau par défaut.
- L'éditeur visuel d'abord, le code et les cartes de la communauté seulement si un besoin réel l'exige.
Mini-exercice
Construisez la vue « Maintenant » avec une seule carte conditionnelle, sur un appareil que vous pouvez manipuler facilement (une lampe, une prise, une fenêtre équipée d'un capteur) :
- Créez la carte et donnez-lui une condition sur l'état de l'appareil.
- Vérifiez dans l'onglet Visibilité qu'elle est masquée en ce moment.
- Changez l'état de l'appareil, puis rouvrez le tableau sur votre téléphone : la carte doit apparaître.
- Remettez l'appareil dans son état d'origine : la carte doit disparaître.
Si l'étape 3 échoue, relisez la condition : neuf fois sur dix, c'est l'état attendu qui est mal orthographié ou qui ne correspond pas à celui que l'appareil rapporte réellement.