Ce que le serveur sait, et ce qu'il ne sait pas
Héberger son coffre de mots de passe fait peur pour une bonne raison : si le serveur est compromis, que perd-on ? La réponse tient au modèle de chiffrement de Bitwarden, que Vaultwarden reprend parce qu'il sert les mêmes applications. Le comprendre permet de savoir quoi protéger en priorité.
Ce cours suppose que Vaultwarden est installé, comme dans le guide Héberger son gestionnaire de mots de passe avec Vaultwarden.
Le chiffrement se fait sur votre appareil
Quand vous tapez votre mot de passe maître dans l'application, il ne part jamais tel quel vers le serveur. L'application le transforme d'abord en une clé, par une opération volontairement lente (une fonction de dérivation : par défaut PBKDF2 avec 600 000 itérations, ou Argon2id si vous le choisissez). Cette lenteur est voulue : elle rend chaque essai coûteux pour qui tenterait de deviner le mot de passe.
C'est sur l'appareil que les données sont chiffrées avant d'être envoyées, et déchiffrées après réception. Le serveur ne voit passer que des données illisibles.
Ce que le serveur stocke
- le coffre chiffré : illisible sans votre clé ;
- une empreinte du mot de passe maître, dérivée et hachée de nouveau côté serveur, qui sert à vérifier que c'est bien vous qui vous connectez ;
- votre clé de coffre, elle-même chiffrée par la clé tirée du mot de passe maître ;
- des informations en clair : adresse e-mail, dates, nombre d'éléments, appareils connectés.
Ce qu'il ne stocke jamais : le mot de passe maître, ni la clé qui en dérive.
flowchart LR
MP["Mot de passe maître<br/>(reste sur l'appareil)"] --> K["Dérivation lente<br/>PBKDF2 ou Argon2id"]
K --> CL["Clé de chiffrement"]
CL --> CH["Coffre chiffré<br/>sur l'appareil"]
CH --> S["Serveur Vaultwarden<br/>stocke du chiffré"]
K --> H["Empreinte pour<br/>la connexion"] --> S
Ce qu'un serveur compromis livrerait
Un attaquant qui volerait la base de données obtiendrait des coffres chiffrés et des empreintes. Il pourrait tenter de deviner les mots de passe maîtres hors ligne, sans limite de tentatives. C'est là que tout se joue : un mot de passe maître long et unique résiste ; un mot de passe court tombe.
Le risque plus grave est différent : un serveur modifié pourrait servir un coffre web piégé, qui capterait le mot de passe tapé dans le navigateur. C'est pourquoi les applications installées (ordinateur, téléphone, extension) sont plus sûres que le coffre web ouvert depuis le serveur.
Erreurs fréquentes
- Croire que le serveur « connaît » les mots de passe. Il ne connaît que du chiffré : toute la protection repose sur le mot de passe maître.
- Un mot de passe maître court, parce que « le serveur est chez moi ». En cas de vol de la base, c'est lui seul qui résiste.
- Taper son mot de passe maître dans le coffre web au quotidien plutôt que dans les applications.
À retenir
- Chiffrement et déchiffrement se font sur l'appareil ; le serveur stocke du chiffré.
- Un vol de base n'expose les mots de passe que si le mot de passe maître est faible.
- Préférer les applications installées au coffre web.
Mini-exercice
Dans les réglages de sécurité de votre compte, regardez quelle fonction de dérivation et quel nombre d'itérations sont utilisés. Puis estimez la longueur de votre mot de passe maître : s'il fait moins de quatre mots ou de seize caractères, notez-le comme premier point à changer.