Le rapport de force s'inverse à la signature
Avant de signer, vous pouvez tout demander : le prestataire veut le contrat.
Après, demander une clause de réversibilité revient à annoncer que vous envisagez de partir, dans un moment où vous avez déjà besoin de sa coopération. C'est la pire position possible.
D'où la règle, qui n'est pas de la méfiance mais de la méthode : la sortie se négocie à l'entrée.
Ce que vous devez pouvoir récupérer
Six éléments. L'absence d'un seul suffit à rendre un changement très coûteux.
Les données, dans un format exploitable. « Exploitable » est le mot qui compte : un export propriétaire illisible sans l'outil du prestataire ne vaut rien. Exigez un format ouvert, et un essai d'export pendant le contrat.
La documentation technique : schémas, configurations, procédures, mots de passe. Elle doit être maintenue pendant toute la durée, pas produite en catastrophe au départ.
Les comptes et les accès, dont ceux ouverts chez des tiers en votre nom : hébergeur, nom de domaine, certificats, boutique d'applications.
Les licences, souscrites à votre nom et non au sien. C'est un piège fréquent : des licences achetées par le prestataire pour vous, mais rattachées à son compte, ne se transfèrent pas toujours.
Les noms de domaine, dont la propriété se vérifie en deux minutes et que beaucoup d'entreprises découvrent détenus par leur prestataire.
L'historique des tickets, si les demandes vivent chez lui. C'est la mémoire de votre parc.
Les quatre lignes de la clause
Une clause de réversibilité utile tient en quatre engagements.
Le prestataire fournit les éléments ci-dessus dans un délai chiffré, trente ou soixante jours.
Il accompagne la bascule pendant une période convenue, avec un volume d'heures inclus ou un tarif connu d'avance.
Il maintient le service pendant cette période, sans dégradation. Sans cette ligne, la qualité s'effondre le lendemain de l'annonce.
Les conditions financières sont fixées au contrat, jamais au moment du départ. Une prestation de réversibilité facturée au prix fort le jour venu annule l'intérêt de la clause.
L'essai qui vaut toutes les clauses
Une clause non testée est une promesse. Une fois par an, demandez une extraction complète, et regardez ce que vous recevez.
C'est peu coûteux, cela ne dégrade pas la relation si c'est présenté comme une exigence de continuité, et cela révèle les problèmes tant qu'ils se corrigent : format inexploitable, documentation inexistante, mots de passe absents.
C'est exactement le raisonnement du test de restauration en sauvegarde : ce qui n'a jamais été essayé n'existe pas.
Ce qui doit rester chez vous en permanence
Indépendamment de toute clause, quatre choses ne se délèguent pas sans copie de votre côté.
Les noms de domaine, à votre nom, avec vos identifiants.
Les comptes administrateurs de plus haut niveau sur vos services essentiels, dont un compte de secours que vous seul détenez.
Une copie de sauvegarde hors du périmètre du prestataire. Si le prestataire est compromis, ses sauvegardes le sont aussi.
Un inventaire à jour, même sommaire, de ce que vous possédez et de qui fournit quoi.
Ces quatre points transforment un changement de prestataire difficile en opération simplement inconfortable.
À retenir
La sortie se négocie à l'entrée : après, demander une clause revient à annoncer son départ. Six éléments à pouvoir récupérer, dont les licences et les noms de domaine à votre nom. Quatre lignes dans la clause, dont le maintien du service pendant la bascule. Et une extraction d'essai par an, exactement comme un test de restauration.